• De forts écarts de richesse dans les départements et collectivités d’outre-mer

    Publié sur le site du secours catholique le 05/09/2011

    Les écarts de richesse sont fortement marqués dans les départements et collectivités d’outre-mer, auxquels l’année 2011 est consacrée.

    « Ce n’est pas parce qu’il fait beau et chaud toute l’année que la vie est douce dans les îles », avertit Patrick Cardinaud. De passage à Paris, le président du Secours Catholique de Nouvelle-Calédonie évoque les nombreuses difficultés auxquelles sont confrontées les populations de l’archipel où il vit depuis quarante ans. La vie chère, le chômage, des revenus insuffisants, l’isolement des vieillards et des malades, les drogues aussi, qui font de plus en plus de ravages. En mai dernier, plusieurs milliers de Calédoniens ont protesté pendant trois jours dans les rues de Nouméa contre la vie chère, les taxes sur les importations, l’extrême disparité de revenus entre riches et pauvres. Un mouvement qui rappelait celui de l’hiver 2009 aux Antilles, quand la Martinique et la Guadeloupe avaient mené une grève générale de 44 jours, excédées de subir prix élevés et bas salaires. La Nouvelle-Calédonie n’a pas grand-chose à voir avec les Antilles et les autres collectivités d’outre-mer. La France ultramarine est un chapelet disparate de territoires qui n’ont en commun qu’un lien plus ou moins lâche avec la République. D’un côté, les départements d’outre-mer où les lois s’appliquent comme en métropole ; de l’autre, des entités juridiques à statuts spéciaux, taillés sur mesure. Ces terres du bout du monde offrent au pays, outre l’intérêt géostratégique d’être présent sur tous les océans, la possibilité d’exploiter économiquement et scientifiquement plus de 11 millions de kilomètres carrés d’espaces sous-marins, faisant de la France la seconde Zone d’exploitation économique (ZEE) du globe après les États-Unis. L’outre-mer français comptait au 1er janvier 2011 près de 2,7 millions d’habitants, une population irrégulièrement répartie. La Guyane, par exemple, le plus grand département français – de la taille de l’Autriche – avec 240 000 habitants, présente une densité de population de 2,3 personnes au kilomètre carré tandis que la minuscule Mayotte dépasse les 500 personnes au kilomètre carré pour 2000 000 habitants. Les potentiels ne sont pas les mêmes non plus en termes de ressources. La Nouvelle-Calédonie possède le second gisement de nickel au monde et un taux de chômage de 2 points inférieur à celui de la métropole. Le sol de la Guyane est recouvert à plus de 90 % par une forêt tropicale d’une très grande valeur environnementale et sa proximité de l’équateur permet, depuis les années 60, de développer l’aérospatiale à Kourou. Ce qui ne l’empêche pas d’accuser un taux de chômage proche de 30 %.

    Chômage.

    C’est la plaie des départements d’outre-mer (Dom). Il atteint plus du cinquième de la population des Antilles et touche 60 % de ses jeunes. À la Réunion où vivent 808 000 habitants, on dénombrait au second trimestre 2010 près de 100 000 chômeurs. Touchées les premières, les familles nombreuses sont aussi les plus concernées par la pauvreté. Or la grande richesse de la France, c’est sa natalité. La Guyane et Mayotte battent tous les records, avec un taux de quatre enfants en moyenne par femme, plus du double de celui de la Martinique et de la Guadeloupe et presque trois fois plus que celui de la métropole. Le Secours Catholique, présent dans tous les Dom, en Nouvelle-Calédonie et en Polynésie, adapte son aide aux besoins locaux. L’aide alimentaire, par exemple, est très importante à Nouméa où les prix des denrées grève le budget des plus démunis. La délégation a récemment créé un centre de ravitaillement où les 320 bénévoles des 40 équipes réparties sur l’archipel viennent s’approvisionner avant les distributions, essentiellement en produits de base tels que le riz, l’huile, le sucre, le lait et la viande. Les prix à la vente dans les Dom comprennent les taxes douanières d’importation et le transport, mais les populations considèrent que cette hausse est surtout causée par les monopoles. L’une des réponses du gouvernement à la grève générale des Antilles a été de favoriser une mise en concurrence des grandes surfaces. Une autre a consisté à faire baisser de 20 % le prix des biens de première nécessité et à octroyer une prime de 200 euros aux salaires les plus bas. Les bas salaires sont l’autre constante des Dom. L’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) révélait en 2010 qu’en moyenne, les revenus des ménages ultramarins étaient inférieurs de 38 % à ceux de la métropole, mais que depuis dix ans la situation s’améliorait. En revanche, les salaires des fonctionnaires mutés dans les Dom sont majorés pour compenser dépaysement et cherté de la vie. Cela provoque le mécontentement des autochtones.

    Immigration.

    Manque de travail et de personnes qualifiées et, dans le cas de la Guyane et de Mayotte, un afflux quotidien d’étrangers. Les lois successives sur l’immigration y adaptent les règles qui prévalent en métropole. Ainsi, l’obligation de quitter le territoire qui, dans l’Hexagone, peut être suspendue en cas de recours, n’a aucun effet là-bas. À peine l’étranger est-il arrêté qu’il peut être reconduit sur l’heure. À Mayotte, deux bateaux ramènent quotidiennement chez eux les Comoriens arrivés pendant la nuit. Il y aurait à Mayotte plus d’un tiers d’étrangers. Jean Haffner, responsable du département Étrangers au Secours Catholique, explique que Mayotte et la Guyane sont des laboratoires. On y teste pour la première fois certaines règles ; si elles portent leurs fruits, on les valide en métropole. C’est le cas des dispositions sur les mariages de complaisance, par exemple. Les îles sont aussi des terrains d’expériences, notamment en matière de développement durable. Une piste exploitée par le gouvernement pour contrecarrer le chômage est celle du développement des énergies renouvelables. Mais à la Réunion, les subventions du programme photovoltaïque ont été brusquement suspendues par le gouvernement au motif que le réseau électrique de l’île ne pouvait pas techniquement accueillir plus de 30 % d’énergies intermittentes. Quant à la Polynésie, elle étudie la possibilité de tirer son énergie des profondeurs de l’océan. Jacques Duffaut

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